[Histoire] Bassin minier du Couchant de Mons
Philippe DELFORGE

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" Ce que l'on aperçoit du château de Mons, c'est le cœur même du pays charbonnier […]. Ici, l'industrie houillère est seule et règne en maîtresse absolue sur toute la contrée qui s'appelle le Borinage. Aucune diversion au grand œuvre ténébreux de l'extraction du charbon : toutes les activités, toutes les intelligences, tous les capitaux penchés sur le gouffre […] regardent remonter l'or noir arraché par l'infatigable pic des mineurs […]. "

   

"Ici, l'industrie houillère est seule et règne en maîtresse absolue."

Dans le Borinage plus qu'ailleurs, cette description littéraire de la fin du siècle passé que l'on doit à Camille Lemonnier semble directement issue de l'imagination fertile du romancier : quelques rares vestiges évoquent encore l'épopée des fosses mais le temps semble gommer insensiblement les traces de 2 siècles voués presque exclusivement à l'industrie houillère.

 

Accrocheuses

De toute évidence, le Borinage représente un amalgame socioculturel dont le ciment fut, au cours des derniers siècles, l'exploitation charbonnière. Pour définir la région, d'aucuns ont révélé des constantes linguistiques ; d'autres avancent des arguments étymologiques. Globalement, on peut considérer que le Borinage comprend les localités charbonnières situées entre Mons et la frontière française, excluant les communes situées au Nord de la Haine (Hautrage, Tertre, Villerot, Pommeroeul, Bernissart, Nimy et Ghlin) ainsi que celles se trouvant directement au Sud de Mons (Ciply et Asquillies). Le bassin du Couchant de Mons, par opposition au Levant de Mons, ancienne dénomination de l'actuel bassin du Centre, est limité à l'Ouest par la frontière française (bassin du Nord et du Pas-de-Calais, concessions de Crespin, d'Anzin, de Thivencelles) ; à l'Est par le bassin du Centre (Mons, Harmignies, Havré), soit environ 20 km de long sur 15 de large.

Les contingences géologiques

Le bassin houiller du Borinage s'intègre dans la formation qui traverse l'Europe depuis l'Ecosse, le Nord et le Pas-de-Calais jusqu'à la Ruhr. La partie belge porte le nom de bassin houiller de Haine, Sambre et Meuse. Le Borinage se situe dans la plaine alluviale de la Haine, rivière qui le parcours d'Est en Ouest. L'altitude normale varie de 2 à 35 m au-dessus du niveau de la mer. Sur la presque totalité de l'étendue du bassin, repose un manteau de terrains de formation postérieure au houiller dont l'épaisseur est variable : de 0 à 150 m au Sud, elle peut atteindre 200 à 300 m dans la partie centrale au Nord.

 

Dans le fond ...

Le centre du Borinage présente deux redressements : à l'Est, l'anticlinal des produits où le socle paléozoïque atteint sous Jemappes le niveau de la mer et sous Flénu et Frameries les cotes plus 50 et plus 60, à l'Ouest, l'anticlinal secondaire de Wasmes qui prend la forme d'un dôme dont le sommet est à environ moins 10 m. Ces deux axes sont séparés par le petit synclinal de Quaregnon où les terrains primaires s'affaissent jusqu'à moins 100 et moins 150 m (sous le niveau de la mer). L'extraction de la houille débute là où le minerai était le plus accessible, recouvert d'une faible épaisseur de limon ou même affleurant : c'est le cas du vieux Borinage à Flénu, Jemappes, Quaregnon, Wasmes et Pâturages. Les charbons qui y étaient extraits (gras A et gras B, 15 à 35% de matières volatiles), notamment le " Flénu ", charbon s'enflammant aisément et très prisé pour l'alimentation des chaudières, le puddlage du fer, la cuisson des tuiles, des faïences, la fonte du verre à vitre et à la fabrication de gaz d'éclairage, provenaient du Massif du Borinage. La structure tectonique du gisement charbonnier du Couchant de Mons est caractérisée par une série de massifs qui, à la suite d'une poussée tectonique du Sud au Nord, se chevauchent partiellement.

Le Massif du Borinage, dans lequel fut pratiquée la majeure partie de l'extraction du bassin, compte 89 couches de houille sur une épaisseur normale de 1900 m. L'Assise du Flénu présente les 59 couches stratigraphiquement supérieures, soit 34 m de charbon ; les 3 couches inférieures ont pour base l'Horizon de Quaregnon.

 

Coup de Grisou
au Fief de Lambrechies

Partiellement recouvert par le Massif du Borinage et séparé de celui-ci par la faille du Borinage, le Massif de Grisoeuil, champ d'exploitation des Charbonnages de l'Agrappe et de l'Escouffiaux, compte environ 10 couches de houille (3/4 gras, 20% de matières volatiles) réparties sur une épaisseur approximative de 200 m. Bien qu'il ne se situe pas toujours à grande profondeur, ce massif est souvent inexploitable à cause des dérangements qui se présentent sous forme de failles. Par ailleurs, les couches du Massif de Grisoeuil comptent parmi les plus grisouteuses du bassin voire même du pays (dégagements atteignant jusqu'à 20 m³ environ par minute ou 200 m³ environ par tonne abattue). C'est l'exploitation de ces veines qui occasionna les coups de grisou de 1875 et 1879 à la Cour de l'Agrappe à Frameries (112 et 132 morts). Parmi les coups de grisou qui endeuillèrent le Borinage, on retiendra aussi ceux du Fief de Lambrechies à Pâturages, les 15 et 17 mai 1934 (73 morts) et du Grand Trait à la Bouverie, le 1er octobre 1936 (36 morts). Si les accidents sont spectaculaires, ils ne représentent hélas qu'une infime partie du tribut en vies humaines sacrifiées sur l'autel de la production de charbon.

Directement assis sur le calcaire carbonifère et limité par l'étage Namurien, le Massif du Comble Nord est recouvert supérieurement par la faille du Placard ou par les morts-terrains, là où il n'est pas surmonté des massifs de Grisoeuil et du Borinage. Le Comble Nord fut exploité par les Charbonnages de Bernissart dès 1839 ; il faut attendre l'exposition de Paris de 1867, où furent présentés les procédés de fonçage en milieu boulant, pour voir ce massif enfin reconnu. Ainsi, les puits du Charbonnage du Nord du Rieu-du-Cœur furent-ils foncés de 1870 à 1873 ; ceux des Charbonnages du Nord du Flénu à Ghlin, de 1873 à 1887, par le procédé Kind et Chaudron (forage au trépan et cuvelage à niveau plein). Au XXème siècle, le Comble Nord fut intensivement exploité par les sièges des Sociétés des Charbonnages du Hainaut, d'Hensies-Pommeroeul et du Rieu-du-Cœur. Il avait cependant déjà atteint et mis à fruit dès 1890 au siège Sainte-Henriette de la Société des Charbonnages des Produits du Flénu, à l'étage de 1150 m. Les travaux furent abandonnés en 1910 suite à l'insalubrité des conditions de travail : température insupportable et dégagement de grisou considérables.

La Société des Charbonnages du Rieu-du-Cœur rencontra les même problèmes en 1946 lors de la mise en exploitation de l'étage 1350 m : la température du charbon en place variait de 45° à 50°. A l'exception des rares affleurements, le gisements houiller du bassin de Mons est peu accessible. Le houiller y est recouvert d'épaisses couches tertiaires et crétacées ou morts-terrains ; le caractère relativement dérangé du gisement et la présence d'eau représentent les principales difficultés des exploitants. A part l'anthracite, toutes les variétés de houilles sont représentées ; elles sont disposées en ordre régulier : les plus riches en matières volatiles forment les couches les plus élevées tandis que les houilles pauvres en gaz se trouvent à la base.

Du pouvoir féodal à la Société Générale

 

Charbonnage de Baudour

Bien que de nombreux historiens fassent débuter l'exploitation du charbon dans le Hainaut impérial à l'an 1000, la plus ancienne mention conservée figure dans un acte en latin de 1229 traitant de la juridiction du chapitre de Sainte-Waudru et de ses revenus dans le bois de Hal. Quelques années plus tard, le 6juin 1248, la plupart des seigneurs hauts-justiciers, dont le chapitre de Sainte-Waudru et de l'Abbaye de Saint-Ghislain, arrêtent un règlement pour établir la manière de diriger l'exploitation de houille dans le Couchant de Mons. Cette précocité de l'activité eut pour conséquence néfaste le morcellement des concessions dont découlèrent moult procès (inondation de mines voisines, déhouillement d'une même veine par des sociétés différentes). Et des coûts d'exploitation considérablement majorés vu l'importance des travaux de premier établissement. En effet, jusqu'à la fin de l'ancien régime, le Borinage fut divisé en un grand nombre de seigneuries dont notamment le chapitre de Sainte-Waudru et l'Abbaye de Saint-Ghislain. Le pouvoir féodal de ces seigneurs hauts-justiciers leur permettait de concéder l'exploitation du charbon sans nécessairement être propriétaires superficiels ; ils déterminaient le mode d'exploitation et fixaient les redevances. La juridiction du chapitre de Sainte-Waudru s'étendait sur des zones où affleuraient les dressants du Massif du Borinage (Flénu, Jemappes, Cuesmes) ; ainsi s'imposa logiquement le principe de limiter l'exploitation à un seul corps de veine, dans une perspective de rentabilité maximale à court terme. Les baux d'exploitation étaient pour la plupart conclus annuellement, suite à des enchères en criée publique. Exceptionnellement, un contrat de plusieurs années s'envisageait lorsque l'exploitation nécessitait d'importants travaux préparatoires (fonçage d'un puits, creusement de bouveaux de recherche, installation d'une pompe à feu). Les droits acquittés par les charbonniers au bénéfice du seigneur haut-justicier étaient le cens et l'entre-cens, le premier fixe ; le second proportionnel à l'extraction. Tant qu'il remplissait les charges inhérentes à son bail (cens, entre-cens, exploitation de sa remise), le concessionnaire jouissait d'un droit inamovible. Bien que représentant une source de revenus appréciables pour les seigneurs hauts-justiciers, l'extraction du charbon ne se pratiquera de façon organisée, intensivement et systématiquement qu'après 1750. En 1691, le Borinage comptait 120 puits d'extraction et pratiquement autant de repreneurs à bail ; en 1750, 45 charbonnages exploitaient 83 puits. En 1730, plusieurs rapports font mention de l'utilité de remplacer les machines à molettes par des machines à vapeur, mais c'est en 1740 que fonctionne la première pompe à feu de type Newcomen : la machine de l'Auvergies à Pâturages. Suivent celles du bois de Boussu (1745-1746), du Buisson à Hornu (1747) et de Crachet (1750). La première machine à vapeur de Watt est installée dans le Couchant de Mons au Charbonnage des Produits en 1785. Ce premier bond technologique, fondamental, concerne exclusivement la mécanisation de l'exhaure (évacuation des eaux du fond). La fin de l'ancien régime entraînera la réorganisation et la restructuration des exploitations. Si l'abolition des droits féodaux annihile le prélèvement sur les bénéfices de l'extraction, les charbonniers se verront cependant contraints de s'associer de manière à réduire les frais d'exhaure, voire d'acquérir une pompe à feu (cas typique de la Société des Pompes à Flénu). Les entrepreneurs d'exhaure, capitalistes ou riches marchands de charbon, exigeaient en échange de leurs services, un tantième variant du quatorzième au onzième du produit de l'extraction. Après avoir permis l'approfondissement des travaux, l'usage des machines à vapeur s'étendra à la force motrice pour l'entraînement des ventilateurs et des treuils d'extraction, puis à la fin du XIXème siècle, à la production d'électricité et d'air comprimé. On assiste dès la fin du XVIIIème siècle, consécutivement à la hausse de capacité de production, à une immigration considérable de la population ouvrière, se substituant à une population rurale dense. Dès 1830, l'accroissement de population dans le Borinage évolue parallèlement au nombre d'ouvriers attachés à l'industrie minière, qui, en l'absence d'industrie de transformation, se stabilise en 1866.

 

Charbonnage d'Elouges

Charbonnage de Dour

Charbonnages du Levant

Au début du XIXème siècle, ce sont des hommes d'affaires et des marchands de charbon, souvent français, qui détiennent la majorité des parts des charbonnages les plus productifs du bassin (Crachet, Cache Après et Ostennes, Produits, Agrappe, Escouffiaux, etc.). Après des périodes d'inactivités dues aux conflits militaires, ces gros commerçants qui avaient financé la mécanisation des travaux et relancé l'extraction, s'essoufflent et ne peuvent consentir les investissements que nécessitent l'extension et le développement technologique de leur exploitation (mécanisation, approfondissement des puits, raillage intérieur, etc.), les crises économiques de 1815 et 1830-1832 les contraindront à s'effacer devant les structures minières qui se structurent alors. La perspective de rentabilité à court terme en usage jusqu'alors fait place à une organisation planifiée. Cette restructuration du bassin mène à la cristallisation de l'infrastructure lourde du charbonnage (ateliers de construction, chemin de fer industriel, triages, etc.) ainsi que l'entreprise de travaux préparatoires de longue haleine et se traduit notamment par l'arrêt des houillères les plus vétustes. Ainsi, le Charbonnage des Andrieux, situé à la limite des communes de Dour et Elouges, dont on trouve mention dès 1511, sera abandonné en 1843, fort probablement suite à la constitution de la Société Anonyme des Charbonnage de Belle-Vue, Baisieux, Dour et Thulin, le 17 mai 1843. Cette période est principalement marquée par la prise de participation de la société de commerce dans les charbonnages les plus performants, débouchant sur la constitution de sociétés anonymes. Cette intervention s'opère principalement dans les zones où le charbon s'extrait facilement et où le gisement est reconnu (les sondages sont encore peu précis et ne permettent pas de ramener des échantillons au travers des morts-terrains ; les seules investigations fiables s'effectuent via des puits intérieurs ou des bouveaux de reconnaissances) et là où l'infrastructure est suffisamment développée : sur le Flénu (Société Anonyme des Charbonnages du Levant de Flénu, du Couchant du Flénu, du Haut Flénu), à Wasmes (Société Anonyme des Charbonnages d'Hornu et Wasmes) et dans l'Ouest du bassin, à proximité de la frontière française (Société Anonyme des Charbonnages de Belle-Vue, Baisieux, Dour et Thulin). Quelques sociétés importantes conserveront cependant leur autonomie et resteront aux mains de financiers français, telles les Sociétés du Grand Hornu, de Belle et Bonne, de Rieu-du-Cœur. Le borinage atteint son apogée économique dans les années 1860-1870 : la production de charbon culmine suite à une augmentation de la productivité, consécutive à la mécanisation et à la modernisation des installations. En 1860, le bassin carolorégien, en expansion grâce au développement de l'industrie sidérurgique, grande consommatrice de coke, a rejoint le Borinage : ils produisent tous deux près de 30% du charbon belge. La production du Borinage est maximale en 1873 et se stabilise jusqu'en 1913, malgré la baisse des exportations vers la France. Jusqu'à l'issue du conflit, le Couchant de Mons bénéficiera du monopole de l'extraction du charbon Flénu, très prisé par l'industrie.

 

Siège Héribus

Le siège Héribus de la Société Anonyme des Charbonnages du Levant du Flénu, dernier investissement majeur consenti par la Société Générale, est mis en activité en 1918. Les sociétés charbonnières qui s'implantent ultérieurement dans le Nord du Borinage, suite à la découverte de nouveaux procédés de fonçage de puits en terrain aquifère (vallée de l'Haine), seront soit quasiment autonomes comme la Société Anonyme des Charbonnages d'Hensies-Pommeroeul, soit liées à la banque de Bruxelles-Brufina comme la Société Anonyme des Charbonnages du Hainaut. Après la découverte du gisement charbonnier campinois au début du XXème siècle, les houillères du Couchant de Mons perdent leur monopole de production de charbon gras et Flénu (les bassins de Charleroi, Namur et Liège produisent principalement du demi-gras et du maigre). Elles furent laissées pour compte vu l'importance des investissements à engager dans des installations déjà vétustes et peu rentables.

Crise et restructurations

La concentration de l'extraction due à la conjoncture économique catastrophique des années 30 provoque une première vague de fermeture en 1932. De 1930 à 1934, les mines wallonnes cumulent plus de 800 millions de francs de pertes, dont 64% pour le Couchant de Mons et le Centre qui ne produisent que 40% du bassin du Sud. En 1937, la production des charbonnages campinois représente un quart de la production wallonne. La concurrence avec les autres s'accentue encore avec la généralisation de la mécanisation des chantiers, stade que le Borinage n'a connu qu'in extremis. Après la seconde guerre mondiale, malgré la reprise économique, les fosses boraines, comme celles du pays, connaissent une phase de sous-production. D'une part on déplorait une chute du rendement due au manque de main d'œuvre, pénurie provenant de la déportation et du départ des prisonniers de guerre, de la réorientation des ouvriers qualifiés vers d'autres industries, de la dénatalité, etc. D'autre part, l'approvisionnement en cadres métalliques, bois de mine, huiles… faisait défaut. En outre, le secteur minier du Couchant de Mons dépendait presque exclusivement de holdings (Société Générale, Brufina) qui concentraient leurs investissements dans des industries secondaires (métallurgie) et pétrolières, refusant de moderniser les mines. Ces holdings étaient opposés à toute augmentation du prix du charbon qui leur était indispensable pour l'alimentation des aciéries, des cimenteries, des centrales électriques …

Les luttes sociales

 

Trieuses

La mise en place de sociétés à structure anonyme, où ceux qui détiennent et qui gèrent le capital (conseils d'administration, actionnaires) sont étrangers à la masse laborieuse, génère le développement d'un prolétariat industriel : le rendement devient la priorité unique et absolue. Dans les communes qui constituent le cœur du Borinage, l'ouvrier mineur abandonne peu à peu ses activités rurales pour se lier exclusivement à l'exploitation houillère. La production de charbon double de 1830 à 1855 (1.500.000 tonnes à 3.000.000 tonnes). L'ignorance des conditions de survie et de travail de la classe ouvrière par le monde patronal provoque la révolte des mineurs, réduits à l'état d'outils au service du capitalisme financier. Les seules faveurs que leur concédaient les industriels consistaient en logements, dont le nombre était toutefois limité aux agents attachés aux fonctions vitales de la fosse (exhaure et entretien des puits). Seul et presque systématique recours, les grèves furent monnaie courante au Borinage lorsqu'il s'agit de préserver les salaires en période de récession économique (1830, 1848, 1861, 1862, 1868 …) ou pour obtenir une augmentation en temps de prospérité pour l'industrie houillère (1866, 1871, 1872). Les mineurs se sont également violemment mobilisés contre l'introduction de nouveaux règlements de travail (1836, 1861) contre le livret ouvrier ou contre certaines innovations techniques comme ce fut le cas en 1830, lors de la destruction du chemin de fer du Grand Hornu. A l'exception de la constitution de la caisse de prévoyance en faveur des ouvriers mineurs en 1840, organismes alimentés à parts égales par l'exploitant et l'ouvrier et chargé de subvenir au besoin du blessé ou de ses ayants droits, le patronat se montre absolument réticent à toutes modifications d'ordre social qui serait susceptible de s'opérer à ses dépends (réduction et interdiction du travail des enfants et des jeunes filles dans les travaux souterrains, développement de l'enseignement officiel …). La fin du XIXème siècle, période de crise pour le capitalisme européen, connaît les premières grèves à caractères politique. En mars 1886, l'avocat Montois Alfred Defuisseau publie son " Catéchisme du Peuple " dans lequel il décrit les misères du peuple, concluant à la nécessité du suffrage universel. Après la création du Parti Ouvrier Belge en 1885, la situation sociale s'améliore sensiblement : lois sur le travail des femmes et des enfants en 1889 ; augmentation des salaires en 1895, lois instaurant les pensions de retraite en 1900, la réparation de tous les accidents du travail dans la mine en 1907. En 1924, d'importantes grèves éclatent d'abord au Charbonnage de Rieu-du-Cœur, puis paralyse tout le bassin pendant presque 4 mois, suite à une réduction des salaires de 10% (concurrence des charbons anglais). En 1932, la grève est générale : l'inactivité économique provoque l'accumulation de stocks de charbon et donc des licenciements et des baisses de salaires. Après les grèves de 1936, les ouvriers mineurs obtiennent les congés payés, ainsi qu'une réduction du temps de travail. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la Belgique doit faire face à un important manque de main d'œuvre : c'est à ce moment là qu'est lancée la bataille du charbon par le gouvernement Van Acker. Une partie des immigrés présents dans nos mines avant le conflit étaient rentrés chez eux (13.000 sur 23.000) ; les prisonniers de guerre russes avaient été libérés, les salaires extrêmement bas n'étaient pas attrayants. Malgré la loi du 14 avril 1945 fixant le " statut du mineur " (divers avantages accordés aux ouvriers mineurs), le nombre des mineurs belges ne cesse de décroître. En 1947, les 47.000 prisonniers de guerre allemands employés depuis 1945 furent libérés. Le recrutement d'ouvriers mineurs commença en Italie (accords du 23 juin 1946 pour 50.000 mineurs italiens) ; dès 1947, 23.000 réfugiés d'Europe de l'Est furent engagés dans les mines belges. Après la catastrophe du Bois du Cazier en 1956, l'immigration italienne se réduit : les exploitants charbonniers ont alors recours à la main d'œuvre maghrébine.

La C.E.C.A.

La mise en place du plan Schuman en 1951 frappera de plein fouet les mines belges et particulièrement le bassin du Borinage, incapable d'aligner ses prix de revient sur ceux des autres producteurs européens. En effet, le gisement du Borain est l'un des plus grisouteux du monde. " On y constate non seulement la présence de grisou dans l'atmosphère de la mine par suite du dégagement normal au cours de l'abattage du charbon, mais il s'y produit parfois des dégagements " instantanés " projetant en même temps que le grisou des quantités considérables de déblais et de charbon pulvérulent. Aussi le règlement des mines impose-t-il des conditions extrêmement sévères pour le déhouillement des couches grisouteuses, conditions qui influencent défavorablement le rendement et empêche l'abattage aux deux postes journaliers comme cela s'applique dans les mines de Campine et des pays voisins. " Par ailleurs, la mécanisation intégrale des travaux s'avère impossible dans la majorité des sièges du Sud du bassin, les veines y sont minces, irrégulières ; les dressants nombreux. Dans le Nord, la température et l'humidité entravent le travail.

 

Siège de Crachet

A la demande du gouvernement belge, en avril 1954, une commission d'experts internationaux nommés par la Haute Autorité de la CECA étudie la rentabilité à court et à long terme des charbonnages borains. Tandis que les Sociétés des Charbonnages du Levant et des Produits du Flénu, des Charbonnages Unis de l'Ouest de Mons et des Charbonnages du Hainaut pourraient tendre vers des résultats économiques tolérables, les Charbonnages Belges de la SA Cockerill ne peuvent escompter qu'un déficit financier. Les investissements prônés par la CECA et le Conseil National des Charbonnages ont lourdement grevé le budget des quelques sociétés encore actives fin des années 50 : une fois modernisés, nombreux sont les sièges qui se sont vus contraints de cesser leur exploitation suite à l'arrêt des subventions. Le siège Crachet de la Société Anonyme Cockerill, division de Charbonnages Belges et Hornu et Wasmes, bien que complètement modernisé au cours des 10 années qui suivirent la seconde guerre mondiale (chevalement et machine d'extraction système Koepe, recette mécanisée, nouveau lavoir, mise à grande section du puits…), produira ses dernières gaillettes en juillet 1960. L'exploitation s'effectuait en effet dans des conditions particulièrement défavorables : puissance des veines la plus faible du bassin, extraction journalière moyenne inférieure de plus d'un tiers du bassin (415 tonnes pour jusqu'à 1040 tonnes à la SA des Charbonnages du Hainaut) et donc un rendement par poste d'abattage largement en dessous des moyennes du bassin. En 1958, le recul de la consommation charbon avait entraîné la constitution de stocks importants. La CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier), mise en place en 1951, impose à la Belgique un plan d'assainissement : une réduction de la production de 9,5 tonnes sur 5 ans (la production belge en 1957 était de 18,6 millions de tonnes), impliquant la fermeture en deux ans de près de la moitié des sièges de Belgique. La grève éclate dans le Borinage, au Charbonnage de Crachet-Picquery, le 13 février 1959 elle est quasi générale et gagne les bassins du Centre, de Charleroi et de Liège. Le travail reprend le 26 février. En 1960, subsistent deux entités : la Société Anonyme des Charbonnages d'Hensies-Pommeroeul (siège Sartis) et la Société Anonyme des Charbonnages du Borinage, résultat d'une ultime fusion groupant les Sociétés des Charbonnages du Levant et des Produits du Flénu, de l'Ouest de Mons, du Rieu-du-Cœur et de la Boule, du Hainaut et Cockerill division des Charbonnages Belges et Hornu et Wasmes (sièges en activités ; Héribus et N°3-3bis Tertre). Le siège Héribus cessera toute activité en février 1968 suite à des dégradations importantes survenues aux cuvelages des puits. Le siège de Tertre, le plus récent du bassin, mis en activité en 1937, pourvu d'un dispositif d'extraction entièrement automatisé par skips ainsi que des moyens d'abattage modernes (rabot, soutènement marchant), fermera ses portes en 1971. Dernier bastion, le siège Sartis de la Société Anonyme des Charbonnages d'Hensies-Pommeroeul, mis en chantier en 1912, clôturera l'épopée charbonnière du Borinage le 31 mars 1976.

 

 

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