[Poèmes] Si Aiseau-Presles m’était conté

Rouge, jaune, orange, toutes les variations des teintes chaudes s’y trouvent ; je veux parler de la caillasse du terril n°5 de la rue de la gare.

Quel intérêt peut-on avoir pour ces cailloux, rebuts provenant des entrailles de la terre, extrait par les hommes dans l’obscurité de la mine pour un salaire de misère. Une vie de fourmi, qu’ils soient remerciés d’avoir remonté à la surface de tels trésors de formes et de couleurs.

Cette pierre, par exemple, d’un rouge rose, elle vire à l’ocre jaune ; je ferme les paupières, les couleurs continuent de scintiller devant moi. Elles me transportent droit vers l’Afrique, je sens la chaleur suffocante du désert. C’est normal, ce terril est encore en « activité ». C’est un fameux terril fumeux. Il continue de dégager de chaudes fumées humides, vapeurs brûlantes sortant par de petites failles à son sommet. Ce qui lui donne un air inquiétant, comme une île mystérieuse où vivrait le capitaine NEMO. Entourée d’un océan de verdure, on trouve, au sud, les forêts immenses peuplées d’étranges animaux.

Au nord, les montagnes qui se libèrent des glaciers fondants. A l’ouest, les barbares qui avec leurs usines et machines infernales grignotent le pays laissant derrière eux cendres et terres incultes. A l’est, le soleil toujours plus flamboyant.

Holà, ici cela devient impressionnant : un, deux, trois et hop ! Je me jette sur la piste de schiste, me voilà parti pour quelques minutes de glisse digne d’une piste noire à Chamonix. Wahouu ! Quels pieds ! J’en ai plein les cailloux, non les bottes … Quoi ? Des cailloux dans les chaussures ! Bon sang, et quels cailloux. De véritables sculptures. Une exposition à ciel ouvert, quelle veine. Bon, je remonte … à pied ? (A quand un tire-fesse à Aiseau-Presles ?).

Pol Lahaye

 

 

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